Justice, humanité et paix : la grandeur d’un État de droit se mesure à sa capacité d’être juste.

TRIBUNE D’OPINION
Par le Professeur Célestin MUSAO KALOMBO MBUYU, Professeur Ordinaire au Département de Sciences Politiques et Administratives de l’Université de Kinshasa, Recteur de l’Université Panafricaine de Gouvernance et de l’Innovation, Président du Conseil d’Administration de l’Université Panafricaine de Gouvernance et de l’Innovation, Député National, Ancien Rapporteur de l’Assemblée Nationale.
La justice n’est pas une simple technique d’application de la loi. Elle est, comme l’enseignait Platon, l’harmonie de la cité, l’équilibre entre la norme et l’humain. Dans un État de droit, la Constitution n’est pas qu’un texte : elle est le serment solennel d’une nation à protéger la dignité de chaque personne.
C’est au nom de ces principes scientifiques, philosophiques et constitutionnels que je m’adresse respectueusement à l’honorable juridiction de la République de Corée au sujet du procès du Président Lee Man-hee.
En sciences politiques, nous définissons la paix non comme une absence de guerre, mais comme une architecture sociale. Depuis des décennies, le Président Lee Man-hee, à travers l’ONG HWPL Heavenly Culture, World Peace, Restoration of Light, a œuvré à la construction de cette architecture. Enregistrée auprès de l’ECOSOC et du DGC des Nations Unies, HWPL a porté l’éducation à la paix, le renforcement des capacités des jeunes et le dialogue interconfessionnel.
La médiation du conflit de Mindanao aux Philippines, qui a conduit à un accord entre communautés catholique et musulmane, demeure un cas d’école en résolution des conflits. Sur le plan social, de telles initiatives relèvent de l’intérêt général de l’humanité. Le droit doit donc savoir reconnaître la valeur d’un engagement au service du bien commun.
Kant posait que l’humanité doit être traitée comme une fin et jamais simplement comme un moyen. À 95 ans, le Président Lee se trouve à un âge où la vulnérabilité biologique interpelle directement la conscience juridique. La philosophie du droit nous enseigne l’équité aristotélicienne : corriger la rigueur de la loi par la mesure de la situation concrète. Ignorer l’âge avancé, l’état de santé nécessitant des soins constants, et le droit à une défense dans des conditions humaines, ce serait rendre un jugement techniquement correct mais moralement incomplet.
Toute constitution démocratique repose sur trois piliers indissociables : l’indépendance du pouvoir judiciaire, le droit à la défense, et le respect des droits de l’homme. Je tiens en haute estime l’indépendance institutionnelle de la justice coréenne. C’est précisément cette indépendance qui permet d’espérer un jugement impartial, fondé sur le droit et sur les faits, mais aussi éclairé par le contexte humanitaire. Le droit à un procès équitable implique de garantir la participation effective de l’intéressé. Une détention prolongée sans prise en compte de l’état de santé peut produire des effets irréversibles, ce qui poserait une question directe de conformité aux standards constitutionnels et aux conventions internationales relatives aux droits de l’homme.
Au-delà du cas individuel, chaque décision de justice éduque une société. Elle dit ce qu’une nation choisit de valoriser : la rigueur sans humanité, ou la rigueur avec humanité. En demandant à la Cour de prendre en considération l’âge, la santé, et le parcours d’intérêt public du Président Lee, il ne s’agit pas de réclamer un privilège. Il s’agit de rappeler que la justice constitutionnelle a pour vocation de protéger à la fois l’ordre public et la personne humaine.
J’ai la ferme conviction que la magistrature coréenne rendra une décision équitable et réfléchie, conforme au droit, aux principes juridiques et aux valeurs universelles de paix auxquelles le Président Lee a consacré sa vie. Car juger, c’est aussi choisir quel type d’humanité nous voulons léguer aux générations futures.
Tribune d’opinion, Honorable, Professeur , Célestin MUSAO, Député National



