Politique
A la Une

RDC : Joseph Kabila accuse le pouvoir de tribalisme et de népotisme, mais reste silencieux sur sa condamnation et ses sanctions

Dans sa déclaration du 9 octobre, Joseph Kabila dresse un réquisitoire sévère contre la gouvernance actuelle, sans nommer son successeur ni évoquer sa propre situation.

Publicité

Plus d’un an après son adresse à la nation du 23 mai 2025, l’ancien président Joseph Kabila a repris la parole ce vendredi 9 octobre 2026, dans une déclaration consacrée à la situation générale du pays, il accuse le régime en place d’avoir ramené la dictature, qu’il décrit sous sa forme la plus détestable moralement, celle de la tyrannie.

Ce que dit le discours

Le texte est un réquisitoire. Il dénonce une gouvernance plus préoccupée par la survie du régime que par le bien du peuple, marquée selon lui par l’institutionnalisation du tribalisme et du népotisme, la discrimination et la stigmatisation des minorités, et l’instrumentalisation de la puissance publique à des fins politiques.

Il y ajoute une « gestion patrimoniale de l’État et des biens publics » et relie ces pratiques à l’aggravation de la misère.

Pour lui, la cohésion nationale a « volé en éclats » et la paix a cédé la place aux conflits identitaires, à l’insécurité et à la guerre.

Ce que le discours ne dit pas

Un discours politique se lit aussi dans ses silences. Plusieurs méritent d’être relevés.

D’abord, Félix Tshisekedi n’est jamais nommé. La critique vise « le régime » et « la gouvernance », ce qui permet de frapper fort tout en restant dans la posture de l’ancien chef d’État qui s’adresse à la nation, et non à un adversaire précis.

Ensuite, la référence au 17 mai 1997, date de la chute de la dictature de Mobutu, ancre le discours dans une mémoire historique.

Elle invite aussi à une question que ses détracteurs ne manqueront pas de poser : que dire de la gouvernance des années où lui-même dirigeait le pays ? Le texte relayé ne revient pas sur son propre bilan.

Enfin, la déclaration ne dit rien de la situation personnelle de son auteur. Joseph Kabila a été condamné à mort par la justice militaire congolaise, notamment pour participation à un mouvement insurrectionnel.

Il est aussi sous sanction américaine, le département du Trésor lui reprochant un soutien présumé au M23 et à l’Alliance Fleuve Congo (AFC).

Or le discours parle de guerre, d’insécurité et de conflits identitaires sans évoquer ces dossiers.

Il propose, dans les extraits connus, un diagnostic, mais pas de solutions précises.

Deux lectures possibles

Pour ses partisans, ce discours est la parole d’un ancien président qui rompt le silence pour alerter sur la dérive d’un pays en crise. Ils y verraient une opposition qui dit tout haut ce qu’une partie de l’opinion pense tout bas.

Pour l’autre camp, il s’agit d’un acte politique d’un homme condamné et sanctionné, qui cherche à se repositionner dans le débat national. La question de la légitimité de celui qui accuse pèsera forcément dans la réception du texte.

Mohamed Betembi

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page