RDC : croissance de 6,5 %, pauvreté à 69 % et chômage des jeunes, la Banque mondiale prépare son nouveau cadre de partenariat 2027-2036.

À Kinshasa, la Banque mondiale prépare son prochain Cadre de partenariat pays avec la République démocratique du Congo pour la période 2027-2036. Au cœur des consultations, comment mieux orienter les interventions vers la création d’emplois, la réduction de la pauvreté, le développement du capital humain et la résilience des populations, alors que la croissance congolaise reste largement portée par le secteur minier.
La réponse à cette équation doit constituer l’un des principaux axes du prochain partenariat entre la RDC et la Banque mondiale. Le 23 septembre à Kinshasa, l’institution financière internationale a réuni des représentants du gouvernement dans le cadre d’une consultation sectorielle consacrée à la protection sociale. Cette rencontre, organisée dans le cadre de STAR RDC, programme consacré à la stabilisation et au relèvement du pays, s’inscrit dans le processus de préparation du prochain Country Partnership Framework (CPF), qui doit couvrir dix années, de 2027 à 2036.
La séance a réuni plusieurs membres du gouvernement ainsi que des secrétaires généraux. Elle était coordonnée par Brigitte Kapinga, coordonnateur général de STAR RDC. Pour Albert Zeufack, directeur des opérations de la Banque mondiale dans plusieurs pays, dont la RDC, l’enjeu du prochain cadre ne consiste pas simplement à prolonger les programmes existants. Il s’agit plutôt de concentrer les ressources sur les secteurs susceptibles de produire les effets les plus structurants. Le constat présenté lors de la rencontre met en évidence un décalage entre la performance macroéconomique et les conditions de vie d’une grande partie de la population.
La RDC affiche depuis plus d’une décennie une croissance moyenne estimée à 6,5 %, supérieure à la moyenne d’environ 4 % observée en Afrique subsaharienne. Mais cette croissance reste fortement dépendante de l’exploitation minière, un secteur dont la capacité à absorber massivement la main-d’œuvre demeure limitée. La Banque mondiale relève elle-même que la croissance de 2024, de 6,5 %, a été principalement tirée par les activités minières, notamment le cuivre et le cobalt. Selon les données présentées lors de la consultation, le taux de pauvreté serait passé de 72 % en 2012 à 69 % en 2024, tandis qu’environ 40 % des jeunes seraient sans emploi. Albert Zeufack a ainsi résumé le problème en estimant que la croissance observée en RDC n’est pas suffisamment inclusive ni suffisamment génératrice d’emplois et de prospérité.
La Banque mondiale identifie plusieurs facteurs susceptibles de limiter la transformation de la croissance en amélioration durable des conditions de vie. La diversification insuffisante de l’économie figure parmi les principaux obstacles, aux côtés du faible accès à l’électricité, des déficits en capital humain, des difficultés de gouvernance et de la persistance des conflits. Le déficit énergétique reste particulièrement important. Avec un taux d’accès à l’électricité estimé à 21 %, les capacités de production économique, de transformation numérique et d’amélioration des services publics restent limitées. La future stratégie devrait donc accorder une place importante à la protection sociale, au développement du capital humain, aux compétences, à l’inclusion économique et à l’emploi.
L’objectif affiché est également de renforcer les systèmes nationaux et locaux afin qu’ils puissent mieux résister aux différents chocs économiques, sociaux et sécuritaires. La préparation du CPF 2027-2036 intervient également au terme du précédent cadre de partenariat, couvrant la période 2022-2026. La Banque mondiale dresse un bilan contrasté de cette période. Albert Zeufack a qualifié les résultats de « modestes », tout en citant plusieurs avancées dans le développement humain, l’accès à l’eau et le financement des petites et moyennes entreprises. La gratuité de l’enseignement primaire figure parmi les réalisations citées. Le projet KIN-ELENDA est également présenté comme une avancée, avec un accès à l’eau potable qui aurait bénéficié à plus de deux millions de personnes dans la capitale.
Mais l’institution reconnaît que l’exécution de certains programmes n’a pas toujours été à la hauteur des ambitions initiales. Pour accélérer la mise en œuvre de ses projets, elle affirme avoir entrepris des réformes de ses procédures. Le délai moyen de préparation serait ainsi passé d’environ 24 mois à 12 mois. Le gouvernement congolais souhaite néanmoins aller plus loin. Grégoire Mutshail, ministre du Développement rural et représentant du gouvernement lors de la consultation, a appelé la Banque mondiale à poursuivre la réduction des délais administratifs. S’appuyant sur l’objectif annoncé de ramener la préparation des projets à 12 mois, il a interrogé l’institution sur la possibilité de réduire encore cette durée à cinq, voire trois mois.
Le ministre a également plaidé pour une meilleure prise en compte des territoires ruraux dans les futurs programmes de développement. Il souhaite parallèlement une augmentation du portefeuille d’interventions de la Banque mondiale en RDC, qu’il estime à près de 8 milliards de dollars. La question de l’adéquation entre les formations proposées et les besoins du marché du travail a également été évoquée. Grégoire Mutshail a notamment cité le projet de l’Académie Inga, dont le financement annoncé par la Banque mondiale s’élève à 27 millions de dollars. Pour le ministre, cette initiative devrait davantage être articulée aux besoins des coopératives et des populations rurales afin que la formation puisse déboucher sur des opportunités économiques concrètes.
Cette question rejoint l’un des défis majeurs identifiés pour le prochain partenariat , transformer les investissements dans le capital humain en compétences directement utiles à l’économie et à la création d’emplois. La Banque mondiale souhaite privilégier des interventions davantage coordonnées, notamment autour du « corridor de la paix », tout en renforçant les capacités des institutions congolaises chargées de leur mise en œuvre. Cette approche vise à éviter une multiplication de projets isolés et à concentrer davantage les ressources sur des priorités communes.Pour la RDC, l’enjeu dépasse ainsi la seule mobilisation de nouveaux financements. Il porte aussi sur la capacité à accélérer l’exécution des projets, à renforcer les institutions et à faire en sorte que les investissements produisent des effets mesurables sur les populations.
Avec le CPF 2027-2036, la Banque mondiale ouvre donc une nouvelle séquence de son partenariat avec Kinshasa. Le défi sera de faire évoluer un modèle de croissance encore fortement dépendant du secteur extractif vers une économie davantage diversifiée, capable de créer des emplois, notamment pour les jeunes, tout en réduisant la pauvreté et en améliorant l’accès aux services essentiels. Les consultations en cours devront permettre de déterminer les secteurs et les mécanismes susceptibles de porter cette nouvelle orientation. La prochaine décennie devra surtout répondre à une question centrale , comment transformer la croissance économique de la RDC en progrès plus directement perceptibles dans la vie quotidienne des populations ?
La rédaction



