Politique

Portrait- Marie-Ange Lukiana Mufwankolo : l’héritage vivant d’une femme d’État, icône du combat féminin et l’une des dernières grandes stratèges politiques de la République.

Depuis plusieurs décennies, son nom résonne comme celui d’une combattante infatigable, d’une militante historique de la démocratie, d’une pionnière de l’émancipation féminine et d’une femme politique au courage exceptionnel. Rigoureuse, charismatique, méthodique et profondément patriote, Marie-Ange Lukiana incarne cette génération de femmes qui ont choisi de transformer leurs blessures en force et leurs combats personnels en mission nationale.

Née le 10 novembre 1955 à Djuma, dans l’actuelle province du Kwilu, Marie-Ange Lukiana Mufwankolo Dialukupa grandit avec une conscience précoce des injustices sociales et des inégalités frappant particulièrement les femmes. Diplômée de l’Institut Universitaire d’Études du Développement de Genève, épouse du professeur Félicien Lukiana Mabondo, elle décide très tôt de consacrer son intelligence, son énergie et sa vie entière à la défense des causes sociales, féminines et républicaines. Avant même d’entrer officiellement dans les institutions de l’État, elle marque déjà la société civile congolaise par un militantisme intense et structuré. Fondatrice de l’UNAF, cofondatrice de « Cause Commune », de la CONAFED et de plusieurs autres réseaux féminins, elle devient l’une des architectes du mouvement féminin moderne en RDC. À une époque où les femmes avaient peu de place dans les grands débats nationaux, elle ose porter leur voix avec une audace remarquable.

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Sa première grande apparition sur la scène nationale remonte à la Conférence Nationale Souveraine de 1992, où elle préside la sous-commission des femmes. Dans ce haut lieu de l’histoire démocratique congolaise, elle impressionne par son intelligence politique, sa capacité d’analyse et sa fermeté dans la défense des droits des femmes. Par la suite, elle devient membre du Haut Conseil de la République – Parlement de Transition (HCR-PT) entre 1993 et 1997, représentant la société civile dans un contexte extrêmement tendu. Elle participe ensuite au Dialogue intercongolais de Sun City en Afrique du Sud ainsi qu’à plusieurs autres dialogues politiques majeurs, contribuant activement aux efforts de paix, de cohésion nationale et de reconstruction institutionnelle de la RDC.

Mais derrière cette ascension politique se cache une femme qui a payé un prix immense pour ses convictions. Opposante engagée contre les dérives dictatoriales et les violences politiques, elle subit intimidations, emprisonnements et brutalités physiques. Son bras droit sera même cassé lors d’une manifestation politique au Palais du Peuple pendant son engagement aux côtés du défunt Étienne Tshisekedi, qu’elle soutenait avec fidélité et conviction. Cette fidélité aux idéaux démocratiques, cette proximité avec les luttes populaires et cette constance dans le combat politique expliquent pourquoi plusieurs Congolais continuent aujourd’hui de voir en elle une véritable « mère courage » de la République.

En septembre 2000, Laurent-Désiré Kabila la nomme Vice-Ministre du Travail avant qu’elle ne devienne Ministre du Travail et de la Prévoyance Sociale, puis plusieurs fois Ministre du Genre, Femme, Enfant et Famille dans les gouvernements Muzito I, II et III. Elle exercera également des responsabilités ministérielles dans le gouvernement Gizenga. Son passage au sein du ministère du Genre reste encore aujourd’hui considéré par beaucoup comme l’une des périodes les plus dynamiques de cette institution. Plusieurs observateurs estiment même que depuis son départ, les politiques liées à la promotion de la femme congolaise ont progressivement perdu leur souffle et leur impact national. Durant ses passages au gouvernement, Marie-Ange Lukiana marque profondément les politiques sociales et féminines du pays.

Sous son impulsion, plusieurs avancées majeures voient le jour : La promulgation du Code du travail rénové ; La fixation du SMIG ; La politique nationale de l’emploi ; La restructuration de l’Inspection générale du travail ; La création de l’ONEM ; La réhabilitation de l’INSS et de l’INPP ; Les mesures de protection des femmes et des enfants ; La promotion de la parité homme-femme ; Ainsi que la mise en œuvre des mécanismes d’autonomisation féminine. Et tant d’autres .

Cette femme de rigueur et d’action ne s’est jamais limitée aux fonctions administratives. Stratège politique de haut niveau, elle devient une personnalité centrale du Parti du Peuple pour la Reconstruction et le Développement où elle occupe les fonctions de Secrétaire Générale Adjointe puis de Vice-Présidente. Sénatrice et présidente du groupe parlementaire de la composante gouvernementale pendant la transition, elle s’impose progressivement comme l’une des femmes les plus respectées de la classe politique congolaise. Son influence dépasse les structures partisanes. Personnage clé de plusieurs campagnes électorales présidentielles, notamment celles de Joseph Kabila, elle joue un rôle stratégique dans la mobilisation populaire à Kinshasa et dans plusieurs espaces politiques du pays.

Quatre fois élue députée nationale en 2006, 2011, 2018 et 2023 elle fait partie des rares femmes congolaises ayant construit une telle longévité politique au sommet de l’État. Aujourd’hui encore, dans son troisième mandat parlementaire débuté le 12 février 2024 jusqu’en 2028, elle siège comme députée nationale élue de Bulungu, dans la province du Kwilu, au sein de la Commission économique, financière et de contrôle budgétaire. Entre 2019 et 2024, elle préside également le prestigieux Comité des Sages de l’Assemblée nationale, organe stratégique chargé notamment de la médiation et de la discipline parlementaire. Cette responsabilité confirme davantage son autorité morale et son poids politique au sein des institutions de la République. Mais l’une des grandes forces de Marie-Ange Lukiana réside dans sa capacité à penser l’avenir politique du Congo avec audace.

En 2022, elle crée un véritable débat national en proposant l’instauration d’une vice-présidence au sommet de l’État afin de mieux appliquer le principe constitutionnel de la parité. Pour elle, si la Constitution prône le principe du « 50-50 », il devient logique d’ouvrir également les plus hautes fonctions aux femmes. Cette proposition traduit une pensée politique visionnaire où la femme n’est plus simplement considérée comme accompagnatrice, mais comme véritable actrice du pouvoir et de la gouvernance nationale.

Autorité morale du mouvement socio-politique « Congo Star », dont la devise est « Bolingo mpe misala » l’amour et le travail Marie-Ange Lukiana continue aujourd’hui d’encadrer et de former des milliers de jeunes et de femmes à travers des séminaires, formations et structures de base solidement implantées dans plusieurs coins de Kinshasa et du Kwilu. Les séminaires organisés sous son leadership ont profondément marqué les participants par la qualité des enseignements reçus. Les matières dispensées par plusieurs éminentes personnalités politiques, universitaires et experts internationaux ont été tellement appréciées que les participants ont demandé leur transformation en syllabus afin de poursuivre leur formation à domicile.

Cette culture de la formation politique et citoyenne démontre toute la profondeur de sa vision : préparer une nouvelle génération consciente, structurée et capable d’assumer les responsabilités de demain. Surnommée affectueusement « Maman d’amour » dans plusieurs coins de Kinshasa et du Kwilu, Marie-Ange Lukiana demeure aujourd’hui l’une des femmes les plus influentes et les plus respectées du paysage politique congolais. Rigoureuse, authentique, ferme, visionnaire et profondément patriote, elle représente cette génération de femmes qui ont transformé leur combat personnel en héritage national. Sur le terrain social, Marie-Ange Lukiana demeure une femme d’actions concrètes.

À Ngaba, dans le cadre de la Plate-forme des Communautés de Base (PCB), qu’elle coordonnait à Kinshasa, elle a initié plusieurs projets d’encadrement des jeunes filles et des femmes vendeuses, notamment par la remise de machines à coudre, de bassins et de fonds de démarrage pour des activités génératrices de revenus. Son objectif est clair : lutter contre la pauvreté, l’oisiveté et le phénomène des « Kuluna » à travers l’encadrement, la formation et l’autonomisation économique.En mars 2025, lors de la visite de la Première Ministre Judith Suminwa Tuluka à Kikwit, Marie-Ange Lukiana démontre une nouvelle fois sa capacité exceptionnelle de mobilisation populaire. Des milliers de militants de Congo Star et des structures affiliées, notamment l’UNAF, se mobilisent massivement pour soutenir l’initiative « Congolais Telema » en faveur de l’unité nationale et du soutien aux FARDC. Cette démonstration de force politique confirme que Marie-Ange Lukiana reste aujourd’hui l’une des femmes politiques les plus influentes et les plus écoutées du Grand Bandundu et de Kinshasa.

À l’Est de la capitale, particulièrement dans la Tshangu, beaucoup réclament aujourd’hui son retour au gouvernement pour redynamiser le ministère du Genre, Famille et Enfant. Pour une grande partie de l’opinion, son expérience, son sens de l’État et sa proximité avec les réalités sociales font d’elle l’une des personnalités les mieux placées pour relancer les politiques féminines et sociales du pays. Plusieurs la considèrent comme une femme providence pour accompagner les réformes sociales et l’autonomisation des femmes congolaises dans ce contexte difficile que traverse le pays. Femme de convictions, mère d’une grande famille, épouse d’universitaire, militante historique, stratège politique et bâtisseuse sociale, Marie-Ange Lukiana représente aujourd’hui une mémoire vivante de la lutte démocratique congolaise et du combat féminin africain. Marie-Ange Lukiana Mufwankolo n’est pas seulement une femme politique.

Elle est une école de leadership, une voix historique, une conscience républicaine, une sentinelle de la dignité féminine, une femme d’État dont le parcours continue d’inspirer des générations entières de Congolais. De la société civile aux grandes institutions de l’État, des luttes démocratiques aux combats pour l’émancipation des femmes, des salles de négociations politiques aux quartiers populaires de Kinshasa et du Kwilu, Marie-Ange Lukiana a construit un héritage que le temps lui-même aura du mal à effacer. Son nom est aujourd’hui associé au courage, à la fidélité idéologique, à la résilience et à la défense acharnée des droits de la femme congolaise.Elle est de cette génération de femmes qui ont porté la République sur leurs épaules dans les moments les plus sombres de son histoire. Une femme qui a connu les violences politiques, l’exil, les humiliations, les sacrifices et les douleurs, mais qui a refusé de plier. Une femme qui a compris que servir le Congo n’est pas un privilège, mais un devoir historique.

Aujourd’hui encore, son combat continue. Car Marie-Ange Lukiana ne lutte pas pour un poste, une gloire personnelle ou des honneurs passagers, elle lutte pour la dignité humaine, pour la justice sociale, pour la reconnaissance de la femme congolaise et pour un Congo plus fort, plus uni et plus juste. Et lorsque l’histoire retiendra » les noms de celles et ceux qui auront consacré leur vie à défendre la République Démocratique du Congo avec loyauté, courage et abnégation, celui de Marie-Ange Lukiana Mufwankolo brillera sans aucun doute parmi les grandes figures féminines qui auront marqué à jamais la mémoire politique et sociale du pays.

La rédaction

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