Éducation

Journée mondiale des enseignants : Jean Paul Digata appelle à une réforme profonde du système éducatif en RDC.

Célébrée chaque année le 5 octobre, la Journée mondiale des enseignants met à l’honneur le rôle du personnel éducatif dans la construction des sociétés et rappelle les enjeux liés aux conditions de travail, à la formation, au recrutement et à la valorisation de la profession enseignante. Instituée en 1994 par l’UNESCO, cette journée commémore l’adoption, le 5 octobre 1966, de la Recommandation conjointe de l’Organisation internationale du Travail (OIT) et de l’UNESCO concernant la condition du personnel enseignant.

Elle constitue également un moment de réflexion sur l’avenir de la profession et sur les moyens nécessaires pour attirer, former et retenir les enseignants. En République démocratique du Congo, cette célébration intervient dans un contexte marqué par de nombreux défis dans le secteur de l’éducation. Jean Paul Digata, président de l’ONGD Hexagone, acteur de la société civile et promoteur d’écoles, estime que le pays doit engager des réformes profondes pour permettre à son système éducatif de répondre aux réalités du XXIᵉ siècle.

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Pour le président de l’ONGD Hexagone, les difficultés actuelles du système éducatif congolais sont notamment liées à la manière dont le secteur est géré ;

« Je crois que la RDC n’est vraiment pas en train de construire une école capable de répondre aux besoins de la population et aux exigences du XXIᵉ siècle, notre siècle actuel que nous sommes en train de vivre. Je crois que tout cela est dû à la politisation de l’enseignement », estime-t-il.

Acteur de la société civile et promoteur d’écoles, Jean Paul Digata souligne la nécessité de considérer l’évolution du système éducatif à travers les différentes périodes de l’histoire du pays ;

« Si vous faites bien une rétrospection, vous allez comprendre que la situation de l’éducation dans notre pays détermine le niveau des enseignants. L’enseignement de 1960 n’est pas la même chose que celui de 1970, de 1980, de 2006 ou encore de 2026. Il y a des réformes qui sont en train de s’opérer_ . »

Selon lui, ces changements doivent désormais déboucher sur une réforme plus profonde permettant de clarifier la finalité de chaque cycle d’enseignement.Jean Paul Digata estime que chaque niveau d’enseignement doit préparer l’apprenant à une étape précise de sa vie sociale et professionnelle ;

« Il y a beaucoup de choses à faire pour remettre notre système éducatif sur les rails et que nous puissions reconstruire. Nous nous disons aujourd’hui que l’enseignement primaire doit avoir sa finalité, l’enseignement secondaire doit avoir sa finalité, et l’enseignement supérieur et universitaire doit avoir aussi sa finalité._ »

Pour le primaire notamment, il estime que l’apprenant doit acquérir des compétences fondamentales lui permettant d’être déjà utile à la société à la fin de ce cycle ;

« Un enfant qui termine la sixième primaire peut travailler, même s’il ne sera pas cadre, il peut être agent dans une entreprise. À l’issue de ce cycle d’enseignement, l’apprenant doit maîtriser les quatre opérations, c’est-à-dire savoir bien lire, bien écrire, bien compter et savoir bien calculer. Ce sont ces acquis qui vont lui permettre d’être déjà utile dans la société. »

Dans cette perspective, le président de l’ONGD Hexagone appelle à une dépolitisation du système éducatif ;

« Nous souhaitons que l’État puisse dépolitiser le système éducatif de notre pays pour permettre aux enseignants de jouer pleinement leur rôle. Il n’y a pas d’enseignement de qualité sans enseignant de qualité »

La question de l’enseignant occupe une place centrale dans l’analyse de Jean Paul Digata. Pour lui, la qualité de l’éducation dépend directement de la situation sociale et professionnelle de ceux qui assurent l’enseignement ;

« On dit souvent qu’il n’y a pas d’enseignement de qualité sans enseignant de qualité. C’est parce que l’enseignant est le moteur d’un système éducatif de qualité. Pourtant, aujourd’hui, à quel niveau de vie se trouve notre enseignant ? Est-ce que notre enseignant a la facilité de faire de la recherche ? Parce qu’un enseignant est un éternel chercheur.»

Il évoque notamment les difficultés liées aux déplacements, aux retards de paiement et à la situation des enseignants non mécanisés ;

« Il y a des enseignants qui font dix kilomètres, voire plus, à pied pour atteindre leur lieu de travail. Il y a aussi ceux qui sont impayés pendant un ou deux mois parfois. Nous avons aussi des enseignants NP et NU, et des enseignants qui ont fait plus de quarante ans de travail et qui continuent à œuvrer aujourd’hui.»

Face à cette situation, l’ONGD Hexagone appelle les autorités à revoir certains mécanismes de gestion de la profession enseignante ;

« Hexagone demande à l’État, en tant qu’organisation de la société civile, de pouvoir mettre fin à ce système.»

Jean Paul Digata estime également nécessaire de revoir le système de gestion des enseignants afin de garantir une meilleure prise en charge professionnelle et sociale ;

« Je pense que le système de DINACOPE doit aussi être revu pour voir s’il a apporté un plus dans le système éducatif de notre pays, ou si cela est en train d’affaiblir la fonction enseignante. Pourquoi ne pas mettre les enseignants dans la fonction publique pour que tous puissent avoir un numéro matricule_ ? »

Il plaide également pour l’accélération du départ à la retraite des enseignants ayant atteint la durée légale de service, afin de permettre le renouvellement du personnel ;

« Il faut accélérer aussi le départ à la retraite de tous les enseignants qui ont déjà fait plus de trente ans de service, pour que l’enseignant puisse bénéficier de sa rente d’une manière honorable. »

À cela, il ajoute la nécessité de faciliter l’accès des enseignants au crédit et au logement ;

« Il faudrait aussi faciliter l’accès au crédit de locomotion et, si possible, aux moyens de logement. Là, ce serait une bonne chose pour les enseignants.»

L’accès à l’éducation reste également lié à la disponibilité et à la proximité des infrastructures scolaires, particulièrement dans les zones rurales.Jean Paul Digata attire l’attention sur la distance parcourue quotidiennement par certains enfants pour rejoindre leur établissement ;

« Il faut aussi construire des écoles en milieu rural. Il y a des enfants qui font cinq à dix kilomètres à pied, voire plus, avec des risques sur les routes et dans les gros véhicules. Il y a des enfants de cinq ou six ans qui doivent marcher ces distances à pied pour atteindre l’école. »

Pour lui, l’amélioration du système éducatif passe donc aussi par une politique d’infrastructures adaptée aux réalités géographiques et démographiques des différentes régions du pays. Alors que la Journée mondiale des enseignants 2026 intervient dans le contexte du 60ᵉ anniversaire de la Recommandation OIT/UNESCO de 1966, Jean Paul Digata estime qu’un important écart subsiste entre les principes énoncés dans ce texte et la situation vécue par de nombreux enseignants congolais ;

« Je crois qu’il y a un profond écart entre la recommandation de l’OIT de 1966 et la situation actuelle. Vous savez, à cette époque, l’enseignant était l’homme le plus valorisé du coin. Au moins, toutes les jeunes filles voulaient prendre en mariage un enseignant parce qu’il était l’homme le plus valorisé. »

Il évoque le statut social dont bénéficiait autrefois l’enseignant ;

« C’est l’homme qui avait le vélo, qui avait plus de valeur, c’est comme aujourd’hui un député. Quand votre papa était enseignant à l’époque, tout le monde vous respectait.»

Une situation qu’il juge aujourd’hui profondément dégradée ;

« Aujourd’hui, il n’y a même pas à démontrer : l’enseignant est devenu clochard. C’est l’enseignant qui arrive jusqu’à fouiller le sac de l’enfant pour chercher quoi manger. Et c’est inadmissible_ . »

Pour le promoteur d’écoles, cette dégradation des conditions de vie et de travail des enseignants pose directement la question de la qualité de l’éducation ;

« Avec cette qualité des enseignants que nous sommes en train de produire, je ne pense pas que nous pouvons espérer un enseignement de qualité. Il faudrait vraiment qu’il y ait des réformes sincères et que l’État puisse éviter de politiser l’enseignement. »

Interrogé sur les corrections urgentes à apporter au système éducatif, notamment dans le contexte de la gratuité de l’enseignement, Jean Paul Digata place la mécanisation et la rémunération des enseignants parmi les priorités ;

« Les corrections urgentes à apporter par rapport à la gratuité de l’enseignement, c’est d’abord la mécanisation et le fait de donner un salaire correct à l’enseignant. Il faut mécaniser tout le monde, ne pas laisser les NP, les non-payés ou les NU, les enseignants et les enfants sans un salaire digne_ . »

Selon lui, la rémunération constitue une condition importante pour permettre aux enseignants de travailler dans de meilleures conditions ;

« C’est un peu difficile qu’un enseignant puisse donner un très bon rendement lorsqu’il n’a pas un salaire digne.»

Il appelle également à construire et équiper les établissements scolaires conformément aux normes ;

« Il faut construire les écoles selon les normes, puis les équiper selon les normes voulues, les normes internationales. Là, c’est le travail du Gouvernement qui doit le faire d’une manière urgente.»

La surcharge des classes constitue une autre préoccupation soulevée par le président de l’ONGD Hexagone ;

« Pour qu’un enseignant fasse un bon travail, il y a des critères. Notamment, un enseignant doit avoir en principe au moins vingt à vingt-cinq élèves, avec un maximum de trente élèves dans une classe. Ce n’est pas comme aujourd’hui, avec la gratuité, où les classes sont pléthoriques, parfois avec cent ou cent cinquante élèves. »

Pour lui, la réduction des effectifs doit aller de pair avec un meilleur équipement des établissements ;

« On doit vraiment réduire ce nombre et donner aux enseignants les moyens possibles, doter les écoles de livres, d’ordinateurs pour qu’ils puissent faire correctement leur travail. Ce n’est qu’à ce moment-là que nous verrons que la qualité de notre enseignement sera meilleure.»

Au-delà des infrastructures et des conditions de travail des enseignants, Jean Paul Digata appelle à repenser la finalité même de l’éducation.Selon lui, l’école congolaise doit davantage préparer l’enfant à son insertion dans la société et à l’exercice de responsabilités concrètes ;

« Notre système éducatif ne prépare pas jusque-là l’enfant à prendre ses responsabilités et à les assumer dès la fin de ses études. L’enfant fait inutilement des fêtes de collations et fête le diplôme ; en réalité, on ne le prépare pas à la vie pratique.»

Il estime que cette question doit être au cœur des prochaines réformes ;

« C’est ça, le système de réforme que nous devons vraiment lancer dans notre pays pour permettre à l’enfant de s’inscrire facilement dans les normes pratiques de la société.»

À travers ses différentes observations, Jean Paul Digata appelle ainsi à une réforme globale du système éducatif congolais, allant de la formation et de la rémunération des enseignants aux infrastructures scolaires, en passant par la taille des classes, les équipements pédagogiques et la finalité des différents cycles d’enseignement. À l’occasion de la Journée mondiale des enseignants, son plaidoyer met particulièrement en avant la nécessité de replacer l’enseignant et l’apprenant au cœur des politiques éducatives, avec l’objectif affiché de construire une école davantage adaptée aux réalités sociales et professionnelles du XXIᵉ siècle.

La rédaction

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