Ebola en RDC : plus de 2 000 morts, l’alerte de Muyembe sur une riposte dépassée par l’ampleur de l’épidémie.

La riposte contre la maladie à virus Ebola en République démocratique du Congo (RDC) fait face à d’importantes difficultés de coordination et d’organisation. Le professeur Jean-Jacques Muyembe, co-découvreur du virus Ebola et directeur général de l’Institut national de recherche biomédicale (INRB), juge la réponse actuelle « lente et inefficace ».
Dans une interview accordée mardi au quotidien français Le Monde, le virologue congolais a particulièrement mis en cause le fonctionnement de la coordination nationale de la riposte. Selon lui, les différentes interventions ne seraient pas suffisamment harmonisées, malgré la mobilisation de plusieurs acteurs autour de la lutte contre l’épidémie. «« Il y a un problème interne, au niveau de la coordination nationale de la riposte », a-t-il déclaré.» L’alerte du professeur Muyembe intervient alors que la RDC fait face à sa dix-septième épidémie d’Ebola.
D’après les chiffres qu’il avance, le nombre de décès aurait dépassé les 2 000 en environ 90 jours, pour un taux de létalité supérieur à 45 %. Cette situation demeure préoccupante malgré les financements mobilisés par les autorités congolaises et les partenaires internationaux. Dans plusieurs zones de santé, des difficultés logistiques et opérationnelles continuent de compliquer le travail des équipes engagées dans la riposte.
Pour le virologue, la question ne se limite donc pas à la disponibilité des ressources financières. Leur utilisation efficace sur le terrain dépend également d’une organisation cohérente et d’une coordination capable d’assurer une réponse rapide face à la propagation du virus. Les difficultés rencontrées par le dispositif sanitaire se reflètent également dans les revendications exprimées par certains personnels engagés dans la riposte.
Dans plusieurs zones de santé, des agents ont manifesté leur mécontentement, réclamant notamment le paiement de leurs prestations ainsi qu’une amélioration de leurs conditions de prise en charge. Ces revendications interviennent alors que la surveillance épidémiologique, la détection rapide des cas et le suivi des personnes ayant été en contact avec les malades constituent des éléments essentiels pour interrompre les chaînes de transmission.
Au-delà du constat, Jean-Jacques Muyembe met en avant la nécessité de revoir le fonctionnement du dispositif national de riposte. Pour lui, les moyens humains et financiers mobilisés doivent se traduire par des interventions concrètes, coordonnées et efficaces dans les zones affectées. Son intervention remet ainsi au centre du débat la question de la gouvernance de la réponse à l’épidémie. La coordination entre les autorités sanitaires, les équipes opérationnelles et les différents partenaires apparaît comme l’un des principaux défis à relever pour renforcer l’efficacité de la riposte.
Alors que le virus continue de circuler, l’enjeu reste de taille améliorer rapidement l’organisation du dispositif afin de réduire les décès, accélérer la détection des nouveaux cas et parvenir à interrompre durablement la transmission d’Ebola en RDC.
La rédaction



