Ebola à Butembo : dans les écoles, la prévention se heurte au manque d’eau et de matériel.

À Butembo, la rentrée scolaire 2026-2027 se déroule sous la pression de l’épidémie de maladie à virus Ebola. Si plusieurs établissements ont installé des dispositifs de lavage des mains, leur fonctionnement reste compromis par l’insuffisance d’eau, de savon et de thermoflashs. Dans certaines écoles, les moyens disponibles apparaissent encore largement en décalage avec les besoins.
À l’ouverture de l’année scolaire, la prévention contre Ebola s’impose comme un défi supplémentaire pour les établissements de la province éducationnelle Nord-Kivu 2. Dans plusieurs écoles visitées à Butembo, les équipements sanitaires existent, mais leur nombre, leur accessibilité ou leur approvisionnement régulier posent problème. Dans la commune de Kimemi, au Complexe scolaire Alfajiri, un seul dispositif de lavage des mains était visible devant le bureau de l’établissement. À l’École primaire Kavale, un équipement similaire était utilisé par les élèves et les enseignants.
Sur l’avenue des Écoles, plusieurs établissements disposent également de lave-mains, mais leurs responsables signalent des difficultés d’approvisionnement en eau. À l’École primaire Mwenge, les équipements disponibles restent insuffisants au regard de l’effectif scolaire. Aucun thermoflash n’y était par ailleurs disponible, selon les observations recueillies. Dans certaines écoles, les responsables expliquent avoir consacré une partie de leurs ressources de fonctionnement à l’achat de dispositifs de lavage des mains. D’autres, qui avaient reçu des lave-mains, se retrouvent confrontés à une difficulté plus élémentaire disposer en permanence d’eau et de savon.
Le problème avait déjà été soulevé avant la rentrée. Des élèves de Butembo avaient appelé les autorités et les partenaires à renforcer les infrastructures sanitaires dans les établissements, notamment l’accès à l’eau et l’amélioration des toilettes. Des syndicats d’enseignants de Beni, Butembo et Lubero avaient également demandé un renforcement des dispositifs sanitaires avant la reprise des cours. Katembo Joël Ngunza, président honoraire du Parlement des enfants de Butembo, décrit une situation préoccupante dans certains établissements.« La réalité dans certaines écoles est vraiment pitoyable. Depuis la rentrée scolaire, certaines écoles n’ont même pas un seau ou un lavabo, moins encore de l’eau et du savon pour respecter les mesures barrières contre Ebola », déplore-t-il.Pour lui, la simple installation d’un dispositif ne garantit pas son utilisation effective. La sensibilisation des élèves demeure également déterminante.
« Ailleurs où l’on trouve des kits, on constate que certains enfants ne se lavent pas les mains avant d’entrer en classe. Cela peut être lié au manque de sensibilisation ou au manque d’intérêt pour les mesures barrières », ajoute-t-il. À l’Institut Katsya, au moins trois dispositifs de lavage des mains sont installés dans la cour et devant la direction. Aucun thermoflash n’était toutefois disponible, selon les informations recueillies. Des besoins similaires sont rapportés à l’Institut technique agricole vétérinaire de Butembo.Dans le territoire de Beni, l’Institut Kebikeba, qui compte 21 salles de classe, dispose de cinq dispositifs de lavage des mains et de deux thermoflashs. Face aux besoins persistants, certains responsables scolaires défendent une plus grande auto-prise en charge des établissements, en attendant un éventuel appui extérieur.
Cette approche est notamment soutenue par Byamaka Alimasi, proviseur de l’Institut Kebikeba, et Faustin Fuaka Maliyabwana, proviseur de l’Institut de Mbau. Les difficultés rencontrées dans les écoles interviennent alors que la RDC fait face à une importante épidémie de maladie à virus Ebola. Selon l’OMS, au 7 septembre 2026, 61 zones de santé réparties dans six provinces avaient signalé des cas. Le pays comptait alors 6 757 cas confirmés et 3 267 décès. L’organisation souligne notamment que les retards dans la détection des cas peuvent favoriser la transmission au sein des ménages, des communautés et des structures de santé. Dans le Nord-Kivu, la situation sanitaire se conjugue avec les difficultés liées à la mobilité des populations et au contexte sécuritaire. Pour la rentrée 2026-2027, le ministère de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté a prévu une réponse différenciée selon le niveau de risque. Les zones vertes restent en présentiel avec les mesures de prévention de base, les zones orange bénéficient de mesures sanitaires renforcées, tandis que les zones rouges à haut risque peuvent recourir à un enseignement à distance allégé.
Le 11 septembre, la direction de la province éducationnelle Nord-Kivu 2 a par ailleurs rappelé aux responsables scolaires de plusieurs sous-divisions, notamment Butembo 1 et Butembo 2, l’obligation d’équiper les écoles en dispositifs de lavage des mains, thermoflashs et, lorsque cela est possible, en gels hydroalcooliques. Pour Oswald Mumbere, président du Mouvement Anti-Gang et parent d’élève, les conditions sanitaires actuelles appellent à une vigilance accrue dans les établissements situés dans les zones touchées. « Ma crainte est de voir la maladie se propager rapidement, particulièrement dans les milieux scolaires. Les enfants constituent une population vulnérable et il peut leur être difficile d’observer correctement toutes les mesures barrières », estime-t-il. Il préconise notamment davantage de sensibilisation auprès des élèves, des parents et des enseignants, ainsi qu’un suivi des contacts, une surveillance épidémiologique renforcée et de meilleures conditions de travail pour le personnel engagé dans la riposte.
Il plaide également pour une évaluation régulière du niveau de risque dans chaque zone de santé avant toute décision concernant le maintien des activités scolaires. Dans les zones où le risque sanitaire deviendrait particulièrement élevé, il estime que des mesures temporaires pourraient être envisagées afin de protéger les enfants. Au-delà du nombre de lave-mains installés, l’accès permanent à l’eau et au savon apparaît ainsi comme l’un des principaux défis de la prévention dans les écoles de Butembo. Un équipement installé à l’entrée d’une classe ou d’un établissement perd une grande partie de son utilité lorsqu’il ne peut être utilisé quotidiennement faute d’eau ou de savon. La question devient d’autant plus importante dans les écoles accueillant plusieurs centaines d’élèves.
La prévention repose donc sur plusieurs éléments complémentaires disponibilité permanente de l’eau, dispositifs de lavage des mains, savon, thermoflashs, sensibilisation régulière, surveillance sanitaire et accompagnement des établissements. Alors que l’épidémie continue de peser sur le Nord-Kivu, l’enjeu pour les écoles de Butembo est désormais de concilier la continuité des apprentissages avec la protection des élèves et du personnel. La réussite de cette prévention dépendra autant de la présence des équipements que de leur capacité à fonctionner quotidiennement et à être correctement utilisés.
La rédaction



