Politique

Anastasie Moleko Moliwa : l’héritage vivant d’une femme d’État, icône du combat féminin et l’une des dernières grandes stratèges politiques de la République.

Il est des choses qu’aucun diplôme ne peut enseigner, aucune fonction ne peut conférer et aucun titre ne peut remplacer, l’épreuve du temps, la mémoire des combats et l’expérience du réel. Les décennies ne font pas que vieillir les hommes et des femmes. Elles les éprouvent, les confrontent aux bouleversements, aux responsabilités, aux victoires comme aux revers. Elles façonnent les caractères, révèlent les convictions et finissent parfois par transformer une destinée individuelle en fragment de l’histoire collective.

DE YANGAMBI AUX HAUTES SPHÈRES DE L’ÉTAT : LA NAISSANCE D’UNE FEMME DE DESTIN

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Il est des parcours qui commencent dans le silence d’une ville ou d’un territoire et finissent par résonner dans les grandes institutions de la République. Celui d’Anastasie Moleko Moliwa appartient à cette catégorie.

Née le 27 mai 1954 à Yangambi, dans la province de la Tshopo, elle grandit dans cet espace de la République où la richesse du territoire contraste depuis longtemps avec les difficultés quotidiennes auxquelles sont confrontées les populations. Cette réalité sociale et territoriale constitue l’un des fils conducteurs de son engagement. Médecin de formation, elle choisit d’abord une profession fondée sur le soin, l’écoute et la protection de la vie. La médecine lui offre une première école du service regarder la souffrance en face, comprendre les vulnérabilités et agir avec responsabilité. Mais son parcours ne s’arrête pas au cabinet médical.

Il va progressivement s’élargir à la gestion de la chose publique.Son entrée dans les responsabilités politiques la conduit à exercer plusieurs fonctions ministérielles importantes. Elle devient notamment ministre des Affaires sociales et de la Famille, puis ministre du Travail et de la Prévoyance sociale sous le président Laurent-Désiré Kabila. Elle poursuit ensuite son ascension institutionnelle en assumant des responsabilités au plus haut niveau de l’État, notamment comme conseillère principale du président de la République en matière socioculturelle, avant d’être appelée au gouvernement comme ministre de la Santé publique sous Joseph Kabila.

Ces différentes étapes ne constituent pas seulement une succession de titres. Elles dessinent progressivement le profil d’une responsable publique dont l’expérience s’est construite au croisement de plusieurs secteurs fondamentaux, la santé, la protection sociale, le travail, la famille et les politiques publiques. De la blouse médicale aux couloirs du pouvoir, Anastasie Moleko Moliwa aura ainsi traversé plusieurs univers sans perdre le fil conducteur de son engagement, l’humain. Son parcours ministériel lui permet également d’acquérir une connaissance directe du fonctionnement de l’État et de ses mécanismes. Elle découvre les contraintes de la décision publique, les urgences sociales et la nécessité de transformer les préoccupations des citoyens en politiques concrètes. Cette expérience constitue aujourd’hui l’une des forces de son profil politique.

DE MINISTRE À PARLEMENTAIRE : LA LONGUE MARCHE D’UNE FEMME QUI REFUSE DE LAISSER BASOKO DANS L’OUBLI

Après avoir servi au sein de l’exécutif national, Anastasie Moleko Moliwa investit un autre espace essentiel de la démocratie, le Parlement. Élue députée nationale en 2006, puis réélue en 2011 dans la circonscription électorale de Basoko, elle s’installe progressivement dans la durée comme l’une des figures politiques associées à ce territoire de la Tshopo. En 2023, les électeurs lui renouvellent une nouvelle fois leur confiance. Son élection pour cette nouvelle législature confirme une longévité politique qui témoigne de son implantation dans sa circonscription.

Au sein de l’actuelle législature, elle évolue sous l’étiquette politique de l’AFDC-A, l’Alliance des forces démocratiques du Congo et alliés, et appartient au groupe parlementaire Alliance des forces démocratiques du Congo et alliés. Elle siège actuellement à la Commission Environnement, Tourisme, Ressources naturelles et Développement durable, une commission particulièrement stratégique pour une province comme la Tshopo, dont l’immense potentiel naturel constitue à la fois une richesse et un défi en matière de développement durable.

Cette nouvelle étape de son parcours révèle une constante, Anastasie Moleko Moliwa ne considère pas le mandat parlementaire comme une simple position institutionnelle. Elle l’utilise comme une tribune pour porter les préoccupations de sa base. Dans ce territoire où les routes conditionnent l’accès aux marchés, aux écoles, aux centres de santé et aux autres services essentiels, l’enclavement n’est pas seulement une question d’infrastructure. Il devient une question de dignité. Lors des échanges entre les élus de la Tshopo et le ministre des Infrastructures et Travaux publics Alexis Gisaro, Anastasie Moleko Moliwa a notamment attiré l’attention sur l’état préoccupant des routes desservant Basoko.

Son plaidoyer porte notamment sur la réhabilitation de l’axe reliant Kisangani à Moenge, en passant par Basoko. Derrière cette revendication se trouve une réalité économique simple, un paysan qui ne peut pas évacuer sa production reste prisonnier de son isolement. Riz, maïs, manioc, ignames et autres productions agricoles ne peuvent véritablement contribuer à l’amélioration des revenus des familles si les routes rendent leur transport presque impossible. C’est donc une bataille pour les routes, mais aussi une bataille pour l’économie rurale, l’emploi, le pouvoir d’achat et la dignité des familles. Son engagement dans ce domaine remonte d’ailleurs à plusieurs années. Des témoignages rapportés sur son action évoquent notamment son implication dans le désenclavement de certains axes routiers, dont le tronçon Isangi-Lileko, long d’environ 18 kilomètres.

DES ROUTES À L’ÉLECTRICITÉ, DES ÉCOLES À LA SANTÉ : LE COMBAT D’UNE PARLEMENTAIRE POUR UNE TSHOPO DEBOUT

Dans un territoire où certaines écoles manquent encore de bâtiments adéquats, de bancs, de tableaux et d’équipements élémentaires, elle a soutenu des initiatives destinées à rapprocher les infrastructures scolaires des communautés. Plusieurs établissements sont associés aux actions rapportées dans sa circonscription, notamment les écoles E.P. Yaoguma, E.P. Yamokatu, E.P. Yapange, E.P. Yamokoto et E.P. Yamokwa. Au-delà des bâtiments, le véritable enjeu demeure celui de l’avenir des enfants. Lorsqu’un enfant doit parcourir des dizaines de kilomètres pour rejoindre son établissement, l’école cesse d’être un simple lieu d’apprentissage, elle devient une épreuve quotidienne.

C’est pourquoi le combat pour les écoles de proximité, pour les équipements scolaires et pour l’amélioration des conditions d’apprentissage occupe une place importante dans son discours sur le développement de Basoko. Le parcours d’Anastasie Moleko Moliwa possède une particularité qui donne une cohérence singulière à son engagement, elle connaît la santé à la fois comme professionnelle et comme ancienne responsable gouvernementale. Son expérience ministérielle dans le secteur de la santé lui a donné une connaissance particulière des difficultés du système sanitaire. Mais son engagement social est également rapporté à travers des interventions en faveur des populations vulnérables.

Selon des témoignages relayés sur ses actions à Basoko, son soutien financier à des interventions chirurgicales aurait permis à 1 637 personnes de bénéficier de soins. Ce chiffre, s’il est présenté comme un bilan rapporté par les témoignages locaux, traduit surtout une conception de la politique qui place la personne avant les statistiques. Pour une famille confrontée à une urgence médicale, une aide médicale n’est pas une opération politique. C’est parfois une différence entre le désespoir et l’espoir. Le 26 juin 2024, un autre dossier majeur est venu illustrer cette mobilisation collective des élus de la Tshopo, celui de l’électricité.Le caucus des élus nationaux et sénateurs de la province s’est rendu auprès du directeur général de la Société nationale d’électricité (SNEL), Fabrice Lusinde, à l’initiative du sénateur Jean Bamanisa Saidi.

Au cœur des échanges, la situation énergétique dramatique de Kisangani, où plusieurs quartiers étaient confrontés à une longue période de déficit d’électricité. Sans électricité, les activités économiques ralentissent. Les petits commerces ferment plus tôt. Les familles perdent des sources de revenus. L’insécurité peut s’accroître dans les zones plongées dans l’obscurité. Pour certaines familles, l’électricité permet également de produire et de vendre de l’eau fraîche, des jus et d’autres produits, contribuant directement au financement des études, des soins médicaux ou du logement. Le plaidoyer des élus auprès de la SNEL visait notamment le rétablissement de l’électricité dans plusieurs communes de Kisangani, notamment Makiso, Mangobo, Tshopo, Kisangani, Kabondo et Lubunga. Le développement communautaire passe également par la création d’espaces permettant aux populations de vendre, d’acheter et de faire circuler les revenus.

Des témoignages rapportés sur son action évoquent la construction de plusieurs marchés, dont plus d’une dizaine, destinés à soutenir l’économie locale. Dans une région où les femmes jouent un rôle central dans le petit commerce, les marchés ne sont pas de simples infrastructures. L’engagement en faveur des infrastructures commerciales rejoint ainsi celui qu’elle porte pour les femmes et les familles vulnérables.

ANASTASIE MOLEKO MOLIWA, LA POLITIQUE COMME DEVOIR DE MÉMOIRE ET DE SERVICE

Anastasie Moleko Moliwa semble concevoir la politique comme un outil de proximité. Son âge et son expérience constituent également une singularité dans une classe politique où les générations se renouvellent rapidement. À plus de sept décennies, elle demeure engagée dans la vie publique et continue de porter les préoccupations de sa circonscription. Son parcours offre ainsi une leçon de longévité politique la durée n’a de valeur que lorsqu’elle reste accompagnée d’une capacité à écouter, à plaider et à agir.

La rédaction

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