Geneviève Inagosi : Le portrait d’une femme d’État forgée par le temps sans jamais renoncer à ses convictions.

Il existe des femmes dont le parcours dépasse le simple récit d’une carrière politique. Des femmes dont l’histoire épouse celle d’une nation en perpétuelle reconstruction. Des femmes qui, loin de rechercher les projecteurs, finissent pourtant par incarner une époque, une résistance, une vision et une espérance. Geneviève Inagosi Bulo Ibambi Kassongo appartient à cette catégorie rare de personnalités publiques dont la trajectoire s’est construite au rythme des grandes mutations politiques, sociales et institutionnelles de la République démocratique du Congo.
Depuis plus de quatorze années, elle siège sans interruption à l’Assemblée nationale. Trois fois portée par le suffrage universel en 2011, en 2018 puis en 2023 elle demeure l’une des figures féminines les plus constantes de la vie parlementaire congolaise. À travers les alternances politiques, les crises nationales, les recompositions des alliances, les débats de société et les bouleversements institutionnels, Geneviève Inagosi n’a jamais cessé d’occuper le terrain de la République.
Mais réduire cette femme à son seul mandat parlementaire serait ignorer l’essentiel. Avant les discours, avant les lois, avant les responsabilités ministérielles, il y eut une voix connue de millions de Congolais qui entrait chaque soir dans les foyers par l’intermédiaire du Journal Télévisé de la RTNC. Bien avant d’être députée nationale, Geneviève Inagosi était déjà un visage familier de la nation. Dans les studios de la télévision nationale, elle apprend la discipline de l’information, la maîtrise de la parole publique, le respect des faits et l’exigence de la vérité. Cette école du journalisme façonnera durablement son caractère. Elle comprend très tôt que les mots peuvent éclairer une société comme ils peuvent la diviser. Cette conscience de la responsabilité publique ne la quittera plus jamais.
Aux origines d’un caractère : de Bamapuno à la naissance d’une future femme d’État

Originaire de Wamba, dans le Haut-Uélé, née le 30 novembre 1970 à Bamapuno, Geneviève Inagosi est titulaire d’une licence en orientation scolaire et professionnelle obtenue à l’Université pédagogique nationale. Son parcours académique témoigne déjà d’un intérêt profond pour l’humain, l’accompagnement des personnes et la construction des trajectoires individuelles. Cette formation, combinée à son expérience journalistique, lui donnera une compréhension fine des réalités sociales et des aspirations des populations.
Après les médias, elle poursuit son engagement dans les cabinets ministériels où elle exerce les fonctions d’attachée de presse et de conseillère en communication auprès de plusieurs membres du gouvernement. Là encore, elle découvre les rouages de l’État, la complexité de la décision publique et les exigences de la gouvernance.
Trois élections, quatorze années de confiance ; l’histoire d’une fidélité entre une élue et son peuple.

Lorsque vient l’année 2011, le peuple de Wamba lui confie son premier mandat de députée nationale. Entrer au Parlement signifie désormais transformer les préoccupations des citoyens en propositions concrètes, défendre les intérêts de sa province, contrôler l’action gouvernementale et participer à l’écriture des lois qui orientent le destin de la République. Et cette mission, Geneviève Inagosi l’assumera avec une remarquable régularité. Réélue en 2018 puis en 2023, elle fait partie de cette génération de parlementaires dont la longévité repose moins sur les effets d’annonce que sur une présence constante auprès de leur base électorale.
La ministre qui osa réformer l’un des piliers les plus sensibles de la société congolaise

Cependant, c’est probablement lorsqu’elle devient ministre du Genre, Famille et Enfant que Geneviève Inagosi imprime durablement sa marque dans les politiques publiques. À cette fonction, elle choisit de s’attaquer à l’un des chantiers les plus sensibles de la société congolaise : la réforme du Code de la famille. Consciente que les textes juridiques doivent évoluer avec la société, elle ouvre un vaste processus de concertation impliquant parlementaires, organisations de la société civile, partenaires internationaux, ONU Femmes, UNICEF, juristes, leaders communautaires et acteurs de terrain.
Son approche refuse l’affrontement idéologique, elle privilégie le dialogue, écoute, consulte, et rassemble. Pour Geneviève Inagosi, promouvoir les droits des femmes ne signifie pas opposer les femmes aux hommes. Bien au contraire. Elle développe une conviction devenue l’une de ses signatures politiques : « Le combat pour les droits des femmes doit inclure les hommes. » Cette phrase résume toute sa philosophie, pour elle, l’égalité ne peut naître de la confrontation permanente mais de la responsabilité partagée. Dans cette logique, elle défend la vision de la masculinité positive comme instrument de transformation sociale, convaincue que le progrès passe par la mobilisation de toute la société.
Son plaidoyer sur la réforme du Code de la famille restera l’un des moments les plus importants de son passage au gouvernement. Elle s’attaque notamment aux questions de l’autorisation maritale, du régime matrimonial, des droits successoraux, de la planification familiale et de la revalorisation symbolique de la dot, dénonçant sa marchandisation progressive qui éloigne de nombreux jeunes du mariage. Cette proximité avec les préoccupations sociales se retrouve également dans son action parlementaire. Durant la pandémie de Covid-19, alors que le pays faisait face à une crise sans précédent, Geneviève Inagosi fut parmi les premières voix à demander que le Premier ministre Sylvestre Ilunga Ilunkamba vienne personnellement s’expliquer devant la représentation nationale sur la gestion globale de la pandémie.
L’hémicycle comme champ de bataille : une parlementaire au service de la République

Quelques années plus tard, elle initie une question orale avec débat adressée au ministre des Télécommunications au sujet de la très controversée taxe RAM, exigeant des explications sur les prélèvements opérés auprès des citoyens et sur les mécanismes de remboursement annoncés.
Là encore, son action illustre l’une des fonctions essentielles du Parlement : contrôler l’exécutif. Mais Geneviève Inagosi ne limite pas son engagement aux grandes réformes nationales.
Son territoire de Wamba demeure au cœur de ses préoccupations et porte la douleur de tout un peuple

Lorsque les attaques des ADF frappent cette partie du Haut-Uélé, elle porte immédiatement la voix des populations à la tribune de l’Assemblée nationale. Elle rend hommage aux militaires tombés au front, dénonce les enlèvements de civils, alerte sur l’insuffisance des moyens militaires déployés et réclame un renforcement urgent des FARDC. Au-delà de la sécurité, elle attire l’attention sur la catastrophe humanitaire qui menace les familles déplacées. Pour elle, protéger un territoire signifie aussi protéger les enseignants, les infirmiers, les chefs coutumiers, les enfants et toutes les communautés qui continuent de vivre sous la menace permanente de la violence. Cette capacité à relier les enjeux nationaux aux réalités locales constitue l’une des grandes forces de son action politique. Initiatrice des plusieurs activités et actions dans son territoire.
Traverser les tempêtes sans jamais plier : la femme qui a survécu à toutes les mutations politiques.

Sur le plan politique, Geneviève Inagosi a également démontré une capacité d’adaptation rarement observée. Elle a traversé plusieurs séquences majeures de la vie politique congolaise, connu différentes configurations institutionnelles et accompagné les évolutions du paysage politique. Son ralliement à la majorité présidentielle à l’approche de l’élection de 2023 traduit une volonté assumée d’inscrire son action dans une nouvelle dynamique politique, fidèle à sa lecture des priorités nationales. Mais, au-delà des appartenances partisanes, c’est surtout sa permanence au service de Wamba qui demeure la constante de son parcours.
Geneviève Inagosi appartient à cette catégorie de responsables publics qui privilégient le travail silencieux aux déclarations spectaculaires. Aujourd’hui encore, après plus de quatorze années de présence parlementaire, elle continue de porter les dossiers liés à la bonne gouvernance, à la transparence, à la lutte contre la corruption, à la création d’un parquet financier efficace, à l’équilibre territorial des investissements publics et à la protection des populations de l’Est du pays.
Son nom restera associé à une génération de femmes congolaises qui ont démontré que le courage politique ne se mesure pas au volume des discours, mais à la capacité de transformer les responsabilités en service, les convictions en actions et les défis en espérance pour toute une nation.
La rédaction



